L’héritage colossal d’Hicham Aït Menna : Des fondations solides pour des ambitions sans limites
L’adage affirme qu’il est préférable d’être un géant parmi les petits plutôt qu’un petit parmi les grands. Pourtant, pour comprendre la trajectoire spectaculaire d’Hicham Aït Menna, il faut remonter aux racines d’un empire familial bâti à la sueur du front. Né le 12 février 1971, il est l’un des onze enfants de Mohamed Aït Menna, une figure tutélaire dont l’ombre plane encore sur la ville de Mohammedia. L’histoire raconte que ce patriarche déterminé a quitté Demnate à pied pour rejoindre la ville des roses, commençant sa carrière comme simple maçon à l’aube de l’indépendance marocaine. Cette résilience exceptionnelle, digne des plus grands athlètes, a forgé le caractère d’une lignée qui refuse l’échec et vise constamment le sommet.
L’ascension du père est un modèle de stratégie et de persévérance. Membre influent de l’Istiqlal, il a su s’imposer dans l’arène complexe des marchés publics de la municipalité. La véritable bascule s’opère en 1973 avec la politique de marocanisation. Mohamed Aït Menna ne s’est pas contenté de suivre le mouvement ; il a dicté le rythme. En se lançant d’abord dans la commercialisation du bois avec Maysonnier, il a ensuite acquis la SOGER (Société Générale des routes maghrébines), avant de racheter des fleurons industriels comme les établissements Gouvernec, ainsi que la SMIM et la SMEET au puissant Groupe ONA. Son appétit insatiable l’a même conduit à reprendre les tuileries, les Briqueteries du Maroc et la société marocaine d’explosifs des mains du Groupe Mohamed Karim Lamrani. À son décès en 2003, il a légué une fortune colossale, mais surtout un devoir d’excellence à Hicham et à sa fratrie.
Ce socle financier inébranlable permet aujourd’hui à Hicham Aït Menna de naviguer avec aisance entre trois univers impitoyables : le business, la politique et le sport. Cette sainte trinité du pouvoir moderne exige une endurance mentale de chaque instant. En devenant maire de Mohammedia, il a consolidé son ancrage territorial, transformant la ville en un véritable bastion. Sa méthode ne s’embarrasse pas de fioritures. Il applique à la gestion municipale la même rigueur et la même agressivité que sur un terrain de sport. Chaque décision politique est calculée pour maximiser son influence, chaque investissement est pesé pour garantir un retour sur image optimal.
L’homme d’affaires ne se cache pas derrière de fausses modesties. Il assume son statut, son héritage et sa soif de reconnaissance. Dans le sport de haut niveau comme dans les affaires, la discrétion est souvent perçue comme une faiblesse. Hicham Aït Menna l’a bien compris. Il utilise sa surface financière non pas comme un coussin de confort, mais comme un tremplin pour propulser ses ambitions. Cette dynamique l’a naturellement poussé à investir le domaine qui cristallise le plus les passions populaires : le football. Reprendre le flambeau paternel à la présidence du club local n’était pas seulement un hommage, c’était le coup d’envoi d’une conquête minutieusement préparée.
La psychologie d’un dirigeant de cette trempe est fascinante. Hériter d’une immense fortune comporte le risque de se reposer sur ses lauriers. Au contraire, le maire de Mohammedia a transformé cet héritage en un moteur de dépassement. L’obsession de grandeur, souvent taxée de mégalomanie par ses détracteurs, n’est en réalité que l’expression d’un besoin vital de marquer son époque. En 2026, l’impact de cet héritage se mesure à l’aune des secousses qu’il a provoquées dans l’écosystème sportif marocain. L’argent, la politique et le sport ne sont pour lui que les instruments d’une symphonie dont il compte bien rester l’unique chef d’orchestre.
La révolution du Chabab Mohammedia par Hicham Aït Menna : Coups de génie ou mirages sportifs ?
Lorsqu’il a pris les rênes du Chabab Mohammedia (SCCM), le club végétait dans les divisions amateurs, loin de son glorieux passé. Pour Hicham Aït Menna, il était impensable de laisser cette institution historique sombrer dans l’oubli. Sa méthode de réanimation a été aussi brutale qu’efficace : des injections de capitaux massives se chiffrant en dizaines de millions de dirhams. Il ne s’agissait pas simplement de remonter en première division, mais d’imposer le respect par la force de frappe financière. La remontée fulgurante vers la Botola Pro a prouvé que la stratégie du rouleau compresseur portait ses fruits, du moins à court terme.
Mais au-delà des résultats sur le gazon, c’est sur le terrain de la communication que le président a véritablement explosé. Il a compris avant beaucoup d’autres que le football moderne est autant une question d’image que de points au classement. L’épisode de Rivaldo reste un cas d’école monumental. Annoncer la signature de l’ancien Ballon d’Or 1999 et légende du FC Barcelone comme directeur sportif du SCCM a provoqué un séisme médiatique sans précédent. La presse mondiale a relayé l’information. Peu importe que le Brésilien ne se soit jamais véritablement présenté au centre d’entraînement, le coup de bluff a fonctionné à merveille. La marque « Chabab Mohammedia » a franchi les frontières, portée par un marketing d’intimidation audacieux.
Cette propension à créer l’événement l’a conduit à repousser les limites du management sportif. Face à l’absence physique de Rivaldo, il a invoqué le concept de « conseiller à distance », inventant d’une certaine manière le télétravail dans le coaching bien avant que la pandémie de Covid-19 n’en fasse une norme mondiale. Cette capacité à retomber sur ses pieds et à transformer un potentiel bad buzz en coup de génie illustre une agilité mentale redoutable. Le public et les médias en redemandent. Chaque sortie médiatique devient un événement scruté à la loupe, alimentant le mythe d’un dirigeant insaisissable et perpétuellement innovant.
L’ambition du personnage frôle parfois une douce folie assumée. Socios du FC Barcelone, il n’a pas hésité à déclarer à un adhérent catalan que son rêve absolu était de voir une finale de Coupe du monde des clubs opposant le Barça au Chabab Mohammedia, ajoutant avec malice qu’il n’était pas certain que les Espagnols remportent la Ligue des Champions assez tôt pour que cela se produise. Ce sens de la formule, cette arrogance calculée, bouscule les codes bien établis du football marocain. Il vise la lune, conscient que même s’il échoue, il atterrira dans les étoiles du paysage sportif national.
Cependant, cette exposition permanente s’accompagne inévitablement de zones de turbulences. Sa communication sans filtre l’a parfois placé au cœur de polémiques féroces. L’épisode de la photo prise sans masque de protection aux côtés de la veuve vulnérable d’Abderrahman Youssoufi, en pleine crise sanitaire, a suscité un tollé sur les réseaux sociaux. De plus, les critiques pointent régulièrement du doigt la fragilité du projet sportif à long terme. Si l’ascension a été spectaculaire, le maintien du SCCM parmi l’élite s’est avéré plus ardu, le club se retrouvant même parfois en position de relégable. Ces fluctuations soulèvent une interrogation majeure : la démesure financière et l’omniprésence médiatique suffisent-elles à construire un projet pérenne ? La réponse exige d’analyser sa capacité à gérer la pression face aux adversités les plus redoutables.
La guerre froide casablancaise : L’art de l’affrontement face au Raja et l’alliance stratégique avec le Wydad
Dans l’écosystème sous haute tension du football marocain, le profil de Hicham Aït Menna détonne. Loin du discours formaté, policé et souvent soporifique des dirigeants traditionnels, il s’exprime avec la verve des tribunes. Son langage est direct, populaire, parfois teinté de populisme, mais toujours redoutablement efficace. Il possède le goût de l’arène, cherchant le contact et l’affrontement verbal. Cette pugnacité s’est cristallisée autour d’une rivalité spectaculaire avec le Raja de Casablanca et son ancien président, Jawad Ziyat. Une guerre froide qui a enflammé les médias et passionné les foules.
L’origine de cette hostilité remonte à une offre de transfert audacieuse. Hicham Aït Menna avait proposé de faciliter la venue de Badie Aouk au Raja, en échange de 50% des droits sur Badr Banoun. La réponse cinglante de la direction des Verts, affirmant n’avoir besoin de l’aide de personne, et surtout pas d’un « club de 5e ou 6e division », a mis le feu aux poudres. Piqué au vif, le patron du SCCM a transformé cet affront en moteur de guerre. « Ziyat est un bon gars… mais il a manqué de respect à mon équipe et cela je ne le permettrai jamais », avait-il lâché, scellant ainsi le début d’une vendetta médiatique et sportive.
Dès lors, chaque occasion de contrarier le Raja est devenue une priorité. L’une des tactiques les plus redoutables a consisté à surenchérir systématiquement sur les joueurs ciblés par les Verts. Le cas de Mohamed El Mourabit est emblématique : alors que le capitaine de l’Olympique de Safi semblait promis au Raja, Aït Menna a surgi de nulle part pour arracher la signature du joueur, offrant un contrat bien plus lucratif et s’offrant au passage une victoire psychologique majeure. Cette stratégie de harcèlement sur le marché des transferts a prouvé que la puissance financière pouvait dicter sa loi, même face aux institutions les plus ancrées.
Le coup d’éclat du Zamalek et la colère des supporters
Le summum de la provocation a été atteint lors de la demi-finale de la Ligue des Champions africaine opposant le Raja au Zamalek d’Égypte. Dans un geste théâtral d’une audace inouïe, Aït Menna a proposé de prendre en charge intégralement le séjour de la délégation égyptienne au Maroc. L’onde de choc a été immédiate. Les supporters du Raja, ulcérés, l’ont qualifié de « traître à la nation ». Face à la tempête, l’homme est resté de marbre, justifiant cet acte par des négociations en cours avec le club cairote concernant le joueur Hamid Ahaddad, et réfutant tout manque de patriotisme. C’était une démonstration éclatante de sa capacité à manipuler l’opinion et à s’accaparer l’attention nationale.
En opposition frontale avec le Raja, une alliance de circonstance s’est naturellement tissée avec le grand rival : le Wydad Athletic Club. L’accueil favorable réservé par Saïd Naciri à ses propositions d’aide a été décisif. « La différence entre Ziyat et Naciri, c’est que le second m’a traité d’égal à égal, de président à président », précisait-il. Ce respect mutuel a ouvert la voie à un rapprochement stratégique. Le Wydad est devenu, dans un premier temps, un allié de poids pour contrer l’hégémonie de ses adversaires directs. Cette proximité n’était pourtant que la première étape d’un plan bien plus vaste, préparant discrètement le terrain pour une prise de pouvoir qui allait bouleverser l’ordre établi du football casaoui.
La conquête du Wydad Athletic Club : De la crise profonde à la présidence assumée
Le destin d’un club de football est souvent suspendu à un fil, et celui du Wydad Athletic Club (WAC) a bien failli rompre face à une tempête d’une violence inédite. L’arrestation retentissante de Saïd Naciri, figure emblématique du club, impliqué dans la sombre affaire surnommée le « Pablo Escobar de l’Afrique », a laissé l’institution casablancaise exsangue. Ce scandale lié à un vaste réseau de trafic de stupéfiants a créé un vide béant à la tête du club le plus titré du Maroc. La saison sportive s’en est ressentie, plongeant l’équipe dans une spirale de résultats en demi-teinte et semant la panique chez des supporters habitués à l’excellence.
C’est dans ce chaos institutionnel que Hicham Aït Menna a vu l’opportunité de réaliser son ambition ultime : jouer véritablement dans la cour des grands. Déjà membre influent du club, il a méticuleusement préparé son offensive. Pour rester en totale conformité avec la législation sportive, il a posé un acte fort en démissionnant de la présidence du Chabab Mohammedia. Ce sacrifice calculé démontrait sa détermination à se consacrer exclusivement au redressement de la Nation Wydadie (« al Ouma »). L’annonce de sa candidature officielle sur Instagram n’a laissé personne indifférent : il promettait de transformer le club en une puissance mondiale, compétitive sur tous les fronts.
L’élection, prévue à l’été 2024, s’est transformée en un véritable référendum sur sa personnalité. La bataille pour succéder à Abdelmajid Barnaki, qui assurait un intérim sous haute tension, a vu partisans et détracteurs croiser le fer. Ses soutiens mettaient en avant sa surface financière impressionnante, son sens de la communication et son audace. Ils voyaient en lui le leader charismatique indispensable pour sortir le club de son traumatisme et imposer de nouveaux standards internationaux. L’urgence d’une refonte totale de la structure managériale du WAC jouait en sa faveur, les supporters réclamant un électrochoc salvateur.
Le scepticisme face aux fantômes du passé
Cependant, ses détracteurs n’ont pas manqué d’arguments. La situation catastrophique du Chabab Mohammedia, qui s’est retrouvé en position de relégable en Botola Inwi peu après son départ, alimentait les doutes. Aït Menna possédait-il réellement les compétences de gestion nécessaires pour piloter un navire de l’envergure du WAC, où la pression populaire est écrasante et les exigences de résultats immédiates ? Diriger une équipe en reconstruction et gérer les ego d’un vestiaire composé de cadres comme Yahya Jabrane ou Ayoub El Amloud requiert une subtilité tactique bien éloignée des simples coups de communication.
Malgré la concurrence féroce d’autres figures emblématiques du club, la machine Aït Menna s’est avérée irrésistible. Son élection a marqué le début d’une nouvelle ère. Dès son installation, il s’est attaqué à la restructuration interne, injectant de nouvelles méthodes de management. Il s’agissait de rétablir la confiance, de rassurer les sponsors effrayés par les scandales judiciaires et d’apaiser une base de supporters échaudée. Cette prise de pouvoir démontre une résilience exceptionnelle : là où beaucoup auraient fui devant l’ampleur du désastre, il s’est jeté dans l’arène, prouvant que sa soif de grandeur n’était pas qu’une simple posture, mais un véritable mode de vie.
2026 et au-delà : Les défis mondiaux et le bilan d’une présidence sous haute pression
Nous voici en 2026, l’heure du premier véritable bilan a sonné pour Hicham Aït Menna à la tête du géant rouge. La période d’état de grâce est bel et bien terminée. L’événement majeur qui devait couronner ses ambitions démesurées, la Coupe du monde des clubs 2025 aux États-Unis, a constitué un révélateur impitoyable. À quelques semaines de ce tournoi historique, le président avait fait saliver les supporters en dévoilant les coulisses d’un « mercato rêvé », évoquant même des pistes délirantes autour de superstars mondiales. Si la stratégie du buzz permanent fonctionnait à Mohammedia, à Casablanca, le public exige des actes concrets sur le terrain.
Gérer le Wydad Athletic Club s’est avéré être un exercice d’équilibriste d’une complexité vertigineuse. Les défis sportifs actuels imposent une constance qui a parfois fait défaut à l’équipe. L’accumulation de talents individuels ne garantit pas une cohésion collective, et le retard accumulé dans la course au titre national lors de certaines phases a provoqué une fronde inédite au sein des travées du complexe Mohammed V. La pression des ultras est suffocante, rappelant quotidiennement que l’on ne dirige pas le WAC comme on gère une entreprise classique ou une commune. Ici, seule la victoire permet d’acheter la paix sociale.
Face à ces vents contraires, l’homme fort du club a dû adapter son management. La mégalomanie initiale a dû laisser place à une approche plus structurée et pragmatique. Voici un aperçu des axes de développement stratégiques mis en place :
- 📈 Restructuration de l’académie : Investissement massif dans la formation pour réduire la dépendance au marché des transferts onéreux.
- 🏢 Digitalisation et Merchandising : Modernisation des revenus du club pour atteindre des standards comparables aux grandes écuries africaines et européennes.
- ⚽ Cellule de recrutement scientifique : Abandon des coups médiatiques au profit de profils analysés par des outils de data performants.
- 🤝 Partenariats internationaux : Synergies avec des clubs étrangers pour des échanges de compétences techniques et tactiques.
Analyse des performances sous l’ère Aït Menna
Pour mesurer concrètement l’évolution de son leadership sportif, il est pertinent d’analyser la transition entre son passage au SCCM et sa gestion actuelle du WAC. Le tableau ci-dessous met en lumière les différences fondamentales de gestion :
| Critère de Gestion 📊 | Période Chabab Mohammedia (SCCM) 🟢🔴 | Période Wydad Athletic Club (WAC) 🔴⚪ |
|---|---|---|
| Objectif principal | Montée en Botola / Survie médiatique | Domination continentale / Titres réguliers |
| Stratégie de communication | Provocation, buzz, annonces chocs | Communication de crise, image de marque, diplomatie sportive |
| Pression populaire | Faible à modérée (soutien local) | Écrasante (exigence de résultats immédiats) |
| Modèle économique | Injections personnelles de fonds | Développement du sponsoring et droits TV optimisés |
En cette année 2026, Hicham Aït Menna, conscient de l’impasse potentielle liée à une usure du pouvoir, s’est parfois montré ouvert à l’idée de passer la main pour permettre un renouveau si les circonstances l’exigeaient. Cette lucidité nouvelle prouve une maturité acquise dans la douleur. L’homme qui voulait jouer dans la cour des grands a fini par comprendre que la grandeur ne se décrète pas par des coups d’éclat médiatiques, mais se forge dans la régularité des performances et la résilience face à la critique. Son parcours, fait de montagnes russes émotionnelles, restera gravé comme l’une des épopées managériales les plus fascinantes du football marocain contemporain.

Adrien Perrot a grandi entre la piscine municipale de Tanger et les bassins olympiques du Complexe Mohammed V de Casablanca. Ancien nageur de demi-fond classe en serie nationale dans les annees 2010, il a troque le maillot pour le carnet de notes apres une blessure a l’epaule, et n’a jamais quitte le bord du bassin depuis.
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