Vendredi soir, au Stade Moulay El Hassan de Rabat, l’ambiance promettait d’être électrique. Il fallait voir les tribunes vibrer, les drapeaux rouges flotter dans la nuit tiède de la capitale. Mais le football, ce sport impitoyable, a ses lois. Et cette fois, les Lionnes de l’Atlas sont tombées de très haut. Éliminées en demi-finale de la CAN Féminine par le Cameroun lors d’une séance de tirs au but étouffante (0-0, 3 tab à 1), les joueuses marocaines ont vécu un scénario cruel, digne des plus grandes tragédies sportives.
Car oui, ce match haletant restera longtemps gravé dans les mémoires de celles et ceux qui ont assisté à cette soirée de football féminin de très haut niveau. La domination a été stérile, la réussite a fui les attaquantes locales, et l’élimination a pris des allures de rendez-vous manqué avec l’histoire. Une nouvelle page de la compétition africaine s’écrit, mais elle est amère pour le pays hôte.
Une séance de tirs au but qui laisse des regrets éternels
Il y a des soirs où tout semble écrit. Celui-ci a commencé par une domination sans partage des Marocaines. Mais malgré les occasions, malgré l’emprise territoriale, le score est resté bloqué à 0-0 après le temps réglementaire et les prolongations. Le public, lui, y croyait encore. Surtout quand l’arbitre a accordé un penalty au Maroc à la 118e minute après consultation de la vidéo. Fatima Tagnaout, habituellement si sûre, s’est avancée face à la gardienne camerounaise Michaely Bihina. Et là, le drame. Une frappe trop centrale, un réflexe exceptionnel de Bihina, et la qualification s’envolait. Les prolongations se terminaient sur ce score de 0-0, laissant place à la terrible loterie de la séance de tirs au but.
Dans ces moments-là, le mental fait toute la différence. Les Camerounaises ont transformé leurs tentatives avec un sang-froid remarquable, tandis que les Marocaines, visiblement marquées par l’échec de Tagnaout, ont vu leurs tirs repoussés par une gardienne en état de grâce. Michaely Bihina, déjà héroïque à la 118e minute, a sorti trois penalties. Un véritable cauchemar pour les Lionnes de l’Atlas, qui ont totalement déjoué dans cet exercice.
Le Cameroun, tombeur du géant nigérian puis du pays hôte
Ce succès camerounais n’est pas un hasard. Avant de faire tomber le Maroc, les Lionnes indomptables avaient déjà créé la sensation en quart de finale en éliminant le Nigeria, nation la plus titrée de l’histoire de la compétition avec dix sacres sur treize éditions. Le parcours de cette équipe camerounaise force le respect. Elle a montré une solidarité à toute épreuve, un bloc défensif très organisé et une gardienne inspirée. Ce n’est pas une surprise de les voir en finale, même si leur statut d’outsidère leur va à merveille.
Côté marocain, l’heure est évidemment à la déception. Le pays organisait cette CAN Féminine avec le rêve d’aller chercher un premier titre continental après deux finales perdues à domicile, contre l’Afrique du Sud en 2022 et le Nigeria en 2024. Ce troisième échec est dur à encaisser, forcément.
Le parallèle avec la CAN masculine de l’hiver dernier est d’ailleurs inévitable. Dans le même stade, ou presque, le Maroc de Brahim Diaz avait déjà connu une désillusion similaire en finale contre le Sénégal, avec un penalty raté à la dernière minute. L’histoire bégaye, et c’est cruel pour le football marocain.
Les moments clés d’une soirée de football inoubliable
Pour bien comprendre le scénario de ce match haletant, il faut revenir sur les tournants majeurs qui ont fait basculer la rencontre en faveur du Cameroun. Tout s’est joué à quelques détails, comme souvent dans les grandes compétitions.
- 🔥 Une domination stérile des Marocaines pendant les 120 minutes, avec une possession de balle écrasante mais aucune efficacité dans le dernier geste.
- 😱 Le penalty obtenu à la 118e minute après consultation de la VAR, un espoir immense qui s’évanouit sur un arrêt réflexe de Michaely Bihina.
- 🧤 Une gardienne camerounaise exceptionnelle, décisive sur le penalty puis auteure de trois arrêts lors de la séance de tirs au but, confirmant son statut de joueuse majeure de la compétition.
- ⚽ Un mental en acier trempé côté camerounais, les joueuses ayant su garder leur calme au moment de la séance fatidique.
- 🇳🇬 Un parcours remarquable des Camerounaises, qui avaient déjà sorti le Nigeria en quart de finale, signe d’une équipe en pleine confiance.
Petite finale contre l’Algérie, une consolation à aller chercher
La vie continue pour les Lionnes de l’Atlas. Après cette élimination brutale, il faudra déjà se tourner vers la rencontre pour la troisième place. Samedi, le Maroc affrontera l’Algérie, dans un derby maghrébin qui promet d’être disputé. Ce match n’aura pas le prestige d’une finale, mais il aura une vraie importance pour les deux équipes, qui voudront finir la compétition sur une note positive.
Sur le plan sportif, c’est un défi psychologique immense. Comment rebondir après une telle désillusion ? Comment trouver la motivation nécessaire pour disputer un match de consolation ? C’est tout le travail du staff technique et des joueuses cadres, qui devront insuffler un nouvel état d’esprit. La rencontre face aux Algériennes, qui n’ont pas démérité dans ce tournoi, sera un test de caractère.
Un bilan marocain contrasté dans cette compétition africaine
En prenant un peu de recul, cette CAN Féminine restera malgré tout comme une réussite pour le football marocain féminin, avec un parcours honorable jusqu’aux demi-finales, des quarts de finale maîtrisés et un engagement physique de tous les instants. Il ne faut pas tout jeter après une séance de tirs au but, si cruelle soit-elle. L’équipe a montré de belles choses, malgré des manques criants d’efficacité offensive.
La compétition africaine se poursuivra dimanche avec une finale entre le Cameroun et le Malawi, qui participe pour la première fois de son histoire à ce niveau. Un joli symbole pour le football féminin africain. Mais pour les supporters marocains, le goût est forcément amer. L’histoire retiendra que le Maroc a manqué l’occasion de disputer une troisième finale consécutive, à domicile, devant son public. Une soirée de football qui restera dans les annales, même si l’on aurait préféré, côté marocain, une tout autre issue.

Adrien Perrot a grandi entre la piscine municipale de Tanger et les bassins olympiques du Complexe Mohammed V de Casablanca. Ancien nageur de demi-fond classe en serie nationale dans les annees 2010, il a troque le maillot pour le carnet de notes apres une blessure a l’epaule, et n’a jamais quitte le bord du bassin depuis.
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